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Comme tout ensemble urbain, Bois Blanc dispose de sa galerie de portraits incontournables. Akim Oural et Ronald Tourneur y figurent en bonne place.
Le premier, jeune élu socialiste et président du conseil de quartier de Bois Blancs depuis 2008, s’est retrouvé en première ligne dans les processus de décisions ayant initié les métamorphoses du quartier. Son investissement personnel et sa connaissance du dossier en font un interlocuteur de choix dans le cadre de notre reportage.
Le second est un batelier à la retraite qui, après avoir arpenté les fleuves et canaux d’Europe du Nord, a jeté l’ancre dans la Deûle. C’est là qu’il retape sa péniche, pour en faire une habitation où il coulera des jours heureux.
Nous nous devions de rencontrer ces deux personnalités emblématiques. L’occasion aussi pour nous de faire un point sur les actions entreprises par la municipalité et sur les premiers enseignements à en tirer.

Rencontre avec l’Elu du quartier

Alors que nous nous attendions à le rencontrer dans son fief de Bois Blancs, c’est au 18, rue de Pas, dans le centre de Lille qu’Akim Oural nous a donné rendez-vous. Plus précisément au siège du Service Départemental d’Incendie et de Secours. La raison en est simple : parallèlement à son mandat politique, l’homme occupe le poste de directeur de la communication des sapeurs-pompiers du Nord. C’est donc à l’état-major des combattants du feu qu’il nous reçoit.

Nous entamons rapidement la discussion avec celui qu’il conviendra désormais d’appeler « l’élu », et dont le visage est peu à peu devenu familier des habitants de Bois Blancs. Akim Oural est un personnage apprécié de la population du quartier, notamment grâce à sa présence concrète sur le terrain, à la rencontre de ses administrés. Tout le monde ou presque le connaît ici, on l’appelle facilement par son prénom. Parce qu’il est un jeune responsable politique, qui a su se montrer disponible, engagé dans divers projets ayant trait à l’insertion sociale et professionnelle, et ainsi recréer du lien entre la municipalité et les citoyens.

Parvis Euratech Forum Métropole

A 40 ans et à un an du terme de son premier mandat d’élu, Akim Oural apparaît d’ores et déjà comme un homme politique chevronné, bien qu’il semble encore facilement accessible. Son discours, qu’il ne manque pas d’illustrer par des chiffres et des exemples concrets, paraît bien rodé. Dans sa bouche, les éléments de langage martelés lors des réunions de concertation ont été bien assimilés. Les termes sont choisis, répétés ici aussi, à l’envi. Il est ainsi question de « sanctuariser » les espaces urbains,  tels que l’église St Charles, dont l’accès se fera à terme par le sud du quartier comme par le nord et Euratechnologies, de « désenclaver » les zones telles que les Aviateurs afin « d’ouvrir le quartier sur la ville ». Ou encore de « construire des jonctions, pas des ruptures », d’un point de vue géographique autant que social.

A écouter Akim Oural disserter sur les évolutions en cours, on se laisserait presque aller à un optimisme béat, convaincus que Bois Blancs se dirige sans encombres vers un avenir radieux. Il faut dire que les transformations engagées par son prédécesseur au conseil de quartier, Walid Hanna, ont permis à Bois Blancs de prendre un virage décisif, axé sur la revitalisation urbaine, économique et sociale. Si certains chantiers accusent un retard important, les acteurs du projet ne se détournent pas de leur objectif initial : donner au quartier un nouveau visage et le transformer en profondeur.

Euratech’, vecteur d’emploi et d’influence pour Bois Blancs

Le premier signe tangible de ces changements a été l’ouverture en 2009 d’Euratechnologies, complexe ultra-moderne qu’il s’agira d’intégrer complètement au quartier tout en veillant à son rayonnement au-delà des deux bras de la Deûle. L’idée, résume Akim Oural, est « qu’Euratech’ devienne un point d’attractivité pour les habitants comme pour les investisseurs ». Le site a vocation à être un vecteur « d’inclusion sociale », et bien plus encore. Il doit devenir à terme « une vraie locomotive pour le quartier » assène l’élu, jamais avare de formules choc.

La première pierre du chantier a donc été posée avec Euratechnologies, donnant le coup d’envoi aux futurs aménagements qui seront réalisés dans la foulée. Fier de ce succès qui en appelle d’autres, Akim Oural nous détaille les trois axes autour desquels s’articulent les projets de la ville :

> Une vigilance accrue en matière d’impact des constructions sur l’environnement. Les mesures prises en ce sens se sont d’ores et déjà vues récompensées par l’attribution en 2009 du label éco-quartier à la ZAC des « Rives de la Haute-Deûle ». Ce label « vise à promouvoir des projets exemplaires d’aménagement durable » peut-on lire sur le site du ministère de l’Ecologie, chargé de le décerner. D’après la charte d’attribution du label, il s’agit effectivement plus d’encourager un projet ambitieux que d’entériner son éventuelle réussite. Et pour cause, la livraison de l’ensemble urbain n’est pas prévue avant 2020.

> Une attention toute particulière accordée à l’emploi. Dans un quartier où le taux de chômage avoisine les 16%, il importe de faciliter le parcours des demandeurs d’emploi, et notamment des jeunes, vers l’insertion professionnelle. C’est dans cette optique que deux programmes visant à dispenser des formations pointues sur les métiers du numérique et de l’e-business ont été mis sur pied :

  • le COMEFIL, en lien avec la mission locale,  lancé en 2008 et qui a permis depuis de former une douzaine de jeunes,
  • l’Académie d’Excellence,  en lien avec le pôle régional numérique, dont sortent chaque année 30 jeunes issus en majorité des Bois-Blancs.

A cela s’ajoutent les clauses d’insertion contenues dans le marché TP et qui stipulent qu’une partie des emplois induits seront proposés en premier lieu aux jeunes du quartier ou des environs. Ce dispositif est directement géré par le centre d’insertion des Bois-Blancs.

> Une volonté de désenclaver les Bois-Blancs. Comme l’explique Akim Oural, « Bois-Blancs a longtemps été le quartier du faubourg » et il s’agit désormais de le réouvrir sur le centre-ville, en abolissant la frontière symbolique et matérielle que constitue le port fluvial. Le but est d’encourager puis de développer les flux humains, économiques et culturels entre ce quartier et le cœur de ville tout proche.

Un projet urbain qui fait la part belle au logement

Pour Akim Oural il ne fait aucun doute que Bois-Blancs doit désormais tirer un trait sur son passé industriel, pour entamer sa mue, et prendre la fonction purement résidentielle (et tertiaire) que la municipalité souhaite lui assigner.  Pour justifier cette position, l’élu invoque la « réalité sociale de ce pays » et la nécessité de faciliter l’accès au logement pour les plus démunis. Car les bailleurs sociaux croulent apparemment sous les demandes : rien que pour Lille Métropole Habitat, plus de 9000 dossier seraient ainsi en attente d’une proposition de logement. Une situation qui a poussé les aménageurs à revoir à la hausse le nombre d’habitations à bâtir dans le quartier : l’élu annonce un objectif de construction de 968 logements neufs d’ici à 2015, contre 450 prévus au départ… Un ensemble sur lequel la mairie prévoit 1/3 d’accessions à la propriété et où les logements sociaux côtoieront les appartement privatifs, dans un souci de diversité démographique.

La cité des "Aviateurs"

La cité des « Aviateurs »

Les arguments brandis par Akim Oural semblent imparables et vont dans le sens des promoteurs immobiliers comme Vinci, dont les chantiers ont commencé à rogner une bonne partie des terrains disponibles. Avec les friches industrielles à l’abandon, ce ne sont d’ailleurs pas les parcelles libres qui manquent à Bois Blancs. Ces dernières sont déjà presque toutes en cours de réaménagement, faisant place à des logements, à des bureaux ou encore des parkings…

La machine immobilière est donc bel et bien lancée et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Et pourtant, les décisions prises en haut lieu ne font pas toujours l’unanimité au sein du quartier. Ce que nous avons pu constater lors de nos visites des usines Méo et Montpellier, derniers tenants d’une activité industrielle et propriétaires de vastes terrains convoités par la mairie, qui tentent d’entraver la marche implacable de l’envahisseur immobilier.

Si la teinturerie de Géry Montpellier survit tant bien que mal, attendant l’échéance d’une fin définitive d’activité, Méo, société bénéficiaire, est aux prises avec la mairie depuis plusieurs années. Celle-ci lorgne clairement sur les hectares détenus par ces voisins directs de la gare d’eau. D’après Catherine Meauxsoone, dirigeante de l’entreprise, la mairie exerce depuis plusieurs années une certaine pression pour provoquer le départ de l’usine de torréfaction, en autorisant la construction de logements mitoyens notamment, créant ainsi un prétexte aux conflits de voisinage pour nuisances olfactives afin de nourrir son argumentaire.

L'actuel site du torréfacteur Méo, en face de la gare d'eau. Une surface qui fait se languir les promoteurs immobilier

L’actuel site du torréfacteur Méo, en face de la gare d’eau. Une surface qui fait se languir les promoteurs immobilier

A l’évocation du cas de ces usines, Akim Oural se pare d’un masque de contrariété. Il classe rapidement ces éléments récalcitrants dans la rubrique « préparer la reconstruction », et nous dessine dans la foulée, à traits surchargés, un plan des terrains et projets qu’il se doit de voir sortir de terre. Notamment, en lieu et place des usines, la construction de 800 m2 de logements résidentiels et de commerces les pieds dans l’eau, où la seule odeur de café s’échappera des machines à espresso des futurs cafetiers…

Une communication trop enthousiaste ?

La mairie souhaite reconstruire et réaménager l’ensemble des berges du canal, et Akim Oural nous assure que des familles non originaires de Bois Blancs s’y sont d’ores et déjà installées. La municipalité, toujours soucieuse de « faire en sorte que la mixité sociale soit maintenue », veillera d’ailleurs à ce que des populations nouvelles viennent s’établir dans le quartier. La réussite du projet passe nécessairement par ce mélange de populations d’origines sociales et géographiques diverses, mélange qui se fera notamment autour de l’école et de la culture. On aborde là un point essentiel, sur lequel politiques et promoteurs immobiliers agissent de concert. Pour le moment ces derniers se drapent d’un discours de façade et de belles intentions, mais seul l’avenir nous dira si ce souhait de mixité sociale peut se réaliser.

Quel que soit le chantier évoqué, Akim Oural souligne l’importance de la concertation avec les habitants : « les riverains ont un droit d’expression légitime » croit-il bon de rappeler. Il s’agit de présenter et d’expliquer les projets afin de rassurer la population et d’apaiser les craintes exprimées par les riverains, mais aussi de favoriser la jonction entre les habitants originaires de Bois Blancs et les nouveaux arrivants. Car le pire scénario pour les décideurs politiques et les aménageurs urbains serait qu’une frontière se crée entre l’ancien et le nouveau quartier.

De gros projets sont encore en cours de réalisation, du retard a été pris depuis la parution des premiers échéanciers et la plupart des habitants interrogés tempèrent constamment les promesses de changement par la rengaine « mais il n’y a plus de sous », quelque peu résignés par l’attente et les divers reports des chantiers. Le scepticisme des riverains s’exprime encore davantage lorsque l’on aborde avec eux les modifications d’envergure qui se dessinent pour l’actuelle gare d’eau, destinée à devenir un port à usage mixte, partagé entre bateaux de plaisance et péniches d’habitation. L’idée de ce projet étant, pour Akim Oural, de maintenir une jonction entre anciens et nouveaux usages : décidément le terme de jonction revient comme un leitmotiv dans la bouche de l’élu.

D’après Akim Oural les travaux doivent débuter fin 2013, avec livraison de l’ensemble prévue à l’horizon 2017. Un projet de navettes fluviales, gérées par Transpole, devrait également être mis en place d’ici 2015.

A bord de la Cathy, on retape l’intérieur en évitant de regarder par le hublot..

Sur la gare d’eau, actuellement, on compte une dizaine de péniches tout au plus. Le calme avant l’effervescence annoncée et la transformation du lieu en un port de plaisance. Les investisseurs devraient être séduits par les projets de la ville pour la gare d’eau. Restauration, logements sur pilotis, grands espaces pavés au bord de l’eau… Et la Cathy, péniche privée appartenant à Ronald Tourneur, la soixantaine, fils de marinier originaire du quartier. Face à l’usine de torréfaction Méo, il nous fait monter à bord de cette péniche qu’il retape de fond en comble tandis que nos yeux s’écarquillent. « Aujourd’hui acheter une péniche est hors de prix ». Il travaille « à son rythme », depuis 2 ans, mais ça ne fait que « 6 mois de travail en tout » annonce t-il, pas peu fier du résultat. Et il y a de quoi. L’endroit est superbe.

Son époque préférée ici, à Bois Blancs, c’était du temps de sa jeunesse : « ici, on avait tout. Les gens disaient qu’à Bois Blancs, c’était des voleurs et des bagarres, mais on avait du travail avant tout. Je parle de quand j’avais 20 ans, dans les années 70 ». C’est vrai que le quartier avait mauvaise réputation, même jusqu’il y a peu. Dix ans tout au plus… Aujourd’hui, Ronald salue le travail de la mairie et des associations qui ont permit la baisse de la délinquance et une forme de remotivation des jeunes désœuvrés. « J’les connais les jeunes d’ici, je les ais eu pour l’Arbonnoise » glisse-t-il en référence au programme de réparation de péniches initié par la mairie, auquel ont été associés des jeunes du quartier. Avec des résultats parfois inégaux. « Y’a des jeunes qui veulent, d’autres qui ne veulent pas », résume simplement le batelier. Ce qui n’empêche pas de nouveaux ateliers de réparation et d’entretien d’ouvrir tous les ans.

Face à l'usine Méo, la gare d'eau.

Face à l’usine Méo, la gare d’eau.

Ronald Tourneur se montre plutôt optimiste quant aux évolutions à venir dans le quartier. Il nous décrit les plans d’urbanisme dont il a entendu parler lors des réunions de concertation organisées par la ville ou de ses discussions avec Akim Oural : le large espace bitumé sera pavé comme dans le Vieux-Lille et des brocantes y seront régulièrement organisées. Quatre barres des Aviateurs devraient sauter. Il y aura des maisons sur pilotis au bord de l’eau…

Pour le moment les travaux n’ont pas commencé. Dès 2011 pourtant, certaines péniches s’étaient retrouvées autour du pont Léon Jouhaux, le temps que la gare d’eau se refasse une beauté. Pompes, électricité, tout y était prévu pour accueillir les péniches en transit. Aujourd’hui, en 2013, le chantier de Bois Blancs n’a pas encore atteint la gare d’eau, mais les métamorphoses gagnent petit à petit du terrain.

Ronald Tourneur affiche une certaine sérénité alors que le quartier va connaître sa deuxième grande mutation en un siècle : « moi je pense que ce sera plus agréable comme ça ». Ce n’est pas Akim Oural qui le contredira.

F.D-V.F

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